Les Sud‑Africains noirs sous l'apartheid

01A_(2)-1.pngÀ la fin des années 1800, sur ordre des propriétaires de mines qui désiraient maximiser les profits en minimisant les coûts de la main-d’œuvre, le gouvernement a imposé des taxes spéciales et d’autres mesures pour inciter les hommes noirs à quitter leur ferme pour travailler dans les mines. Des jeunes migrants cherchent un travail minier au Witwatersrand, vers 1900.

01B_(1)-1.pngDes dirigeants de la mine examinent les plantes des pieds des travailleurs noirs pour s’assurer qu’ils n’ont pas de coupures et les empêcher de faire de la contrebande de diamants pour compléter leur salaire — qui représente le dixième du salaire des blancs.

01C_(1)-1.pngUne famille dépossédée à Hex River, vers 1900-1922.

01E-1.pngDes nouveaux arrivants cherchent du travail minier à Johannesburg, la « ville de l’or », en 1946.

01D_(1)-1.pngLe Land Act de 1913 interdit aux Noirs (qui constituent 67 % de la population) de posséder ou de louer des terres ou des maisons, sauf dans les « réserves » qui leur sont désignées, soit environ 7 % du territoire national.

01F-1.pngLes compagnies forcent des mineurs noirs à vivre dans des centres miniers. Les conditions de vie et le travail pénibles ont entraîné la mort du dixième de tous les travailleurs miniers noirs.

02A_-_Alternative-1.pngLe laissez-passer : un passeport pour l’asservissement : En 1948, le Parti national a été propulsé au pouvoir et a promis d’assurer la domination blanche et de résister au droit de vote des Noirs. Il a adopté des lois draconiennes pour mettre en œuvre l’apartheid (la séparation des races). On utilisait le laissez-passer pour appliquer l’apartheid. Étaient inscrits sur le laissez-passer la classification raciale du titulaire, le nom de l’employeur pour qui il avait le droit de travailler, l’endroit il pouvait habiter et l’obtention, le cas échéant, d’une exception aux restrictions de couvre-feu. Les Noirs étaient tenus par la loi de produire leur laissez-passer à la demande de n’importe quel Blanc, même un enfant. L’abrogation du système de laissez-passer était une demande constante du mouvement anti-apartheid.

03A_(2)-1.pngLa relocalisation forcée – les « transferts » : En 1955, le gouvernement a commencé à relocaliser de force tous ceux qui vivaient dans le quartier multi-ethnique de Sophiatown, considéré trop près des banlieues exclusivement blanches de Johannesburg. Sophiatown avait déjà été le centre dynamique de la politique, du jazz et du blues des Noirs. Bon nombre d’habitants noirs y possédaient des maisons depuis la fin des années 1800. Sur une période de huit années, 54 000 Noirs, 8 000 Métis, 3 000 Indiens et 686 Chinois ont été relocalisés de force dans des quartiers uniraciaux. Sophiatown a été rasé, et un quartier blanc appelé Triomf (« Triomphe » en Afrikaans) a été construit sur ses décombres.

04A_(2)-1.pngLa pauvreté rurale et l’absence de perspectives ont forcé beaucoup de Sud-Africaines noires à chercher du travail comme domestiques dans les villes. Toutefois, il était contraire à la loi de travailler ou de vivre en ville sans une autorisation spéciale inscrite sur le laissez-passer. Dans l’image ci-dessus, une domestique est arrêtée pour violation alléguée des lois sur les laissez-passer.

06A_(2)-1.pngBrûler les laissez-passer était un moyen concret de défier l’apartheid et les nombreuses formes de dépossession qu’il représentait. Cette photographie, du photographe militant Eli Weinberg, a été prise en 1952.

07A_(2)-1.pngLa Charte de la liberté. Probablement le document le plus important du mouvement anti-apartheid, la Charte de la liberté a été rédigée en 1955 lors d’une grande assemblée à Kliptown, à Johannesburg. Plusieurs revendications essentielles y étaient énoncées : les droits du travail, les droits de la personne, la réforme du territoire et les droits à la pleine citoyenneté des Noirs. La police a interrompu la réunion le deuxième jour et a accusé 156 militants importants de haute trahison. Dans la photographie ci-dessus, des « Volontaires de la liberté » manifestent à Kliptown. Les demandes présentées sur leurs pancartes n’ont pas changé pendant les années d’apartheid : l’abrogation des lois sur les laissez-passer et de toutes les autres lois qui spécifiaient où les Noirs pouvaient habiter, travailler et se trouver; un salaire égal; la fin des transferts (c.-à-d. les relocalisations forcées); et l’égalité dans l’éducation.

05A_(2)-1.pngEn 1956, 156 militants anti-apartheid ont été accusés de haute trahison pour avoir défendu la Charte de la liberté. Ils ont été acquittés après un procès de quatre ans. Plusieurs des trialistes ont continué à jouer des rôles importants dans la lutte contre l’apartheid et contre ses nombreuses formes de dépossession. Beaucoup ont payé cher leur engagement. Plusieurs membres du Congrès national africain, dont les dirigeants Nelson Mandela et Walter Sisulu, ont été emprisonnés pendant des décennies. Ruth First, emprisonnée puis forcée à l’exil, a été assassinée par un colis piégé en 1982. Le nombre de trialistes était tel que s’ils avaient dû se regrouper pour une photo, ils auraient constitué un rassemblement illégal. Le photographe Eli Weinberg a donc pris plusieurs photos individuelles qu’il a ensuite rassemblées en une seule.

08A_(2)-1.pngLa répression a intensifié le militantisme. Le massacre de Sharpeville (21 mars 1960). La police ouvre le feu lors d’une grande manifestation contre le laissez-passer. Quelques manifestants, croyant que la police ne tire qu’à blanc, sourient pendant leur fuite.

08B_(1)-1.pngLes corps de quelques-unes des 69 victimes. Le massacre a stupéfié le mouvement de résistance. Des manifestations ont éclaté partout au pays. Peu après, le gouvernement a banni le Congrès panafricain, organisateur de la manifestation, et le Congrès national africain, la plus grande organisation politique des Noirs au pays. Il a également déclaré l’état d’urgence. En décembre 1961, le Congrès national africain, convaincu que la manifestation pacifique seule ne pourrait mettre fin à l’apartheid, a autorisé la formation d’une fraction armée, Umkhonto we Sizwe (Fer de lance de la nation), MK, qui se lancerait dans une campagne de sabotage des institutions de l’État.

08C_(1)-1.pngLe soulèvement de Soweto (16 juin 1976) : En bas à gauche : 20 000 élèves noirs de l’école secondaire de Soweto, une grande banlieue près de Johannesburg, manifestent pacifiquement contre l’imposition de l’Afrikaans comme langue d’apprentissage pour la moitié d’entre eux. Quelques minutes plus tard, les policiers commencent à tirer.

08D_-_June_16_1976_018-1.pngL’élève du secondaire Mbuyisa Makhubo (18 ans) transporte Hector Pieterson (12 ans), qui est mourant, alors que la sœur de ce dernier, Antoinette, marche à ses côtés. Les élèves et leurs familles, outrés par les tirs, ont pris part à une émeute de 10 jours à Soweto. Bilan officiel : Les décès : 174 Noirs et 2 Blancs; les blessés : 1 222 Noirs et 6 Blancs; les arrestations : 1 298. De nombreux détenus ont été emprisonnés et torturés pendant plusieurs mois. Le photographe Sam Nzima a été traqué par la police d’une ville à l’autre pendant des années et a été forcé d’abandonner une carrière prometteuse en photographie.

09A_(2)-1.pngDans les années 1970, voulant désamorcer l’opposition à son refus d’octroyer le droit de vote et d’autres droits de citoyenneté aux Noirs, le gouvernement a établi 10 bantoustans sur 13 % du territoire de l’Afrique du Sud, un pour chaque groupe linguistique important des Noirs, et leur a accordé le statut de nations. Tous les Sud-Africains noirs ont obtenu la citoyenneté de l’une de ces patries, indépendamment de l’endroit où ils étaient nés, où ils vivaient et où ils travaillaient. En tout, 3,5 millions de Noirs ont été relocalisés de force — ce qui constitue, selon les Nations-Unies, la plus grande migration forcée en temps de paix.

09B_(1)-1.pngUne femme manifeste à Johannesburg, pendant la Journée internationale des femmes, en 1984.

09C_(1)-1.pngUne fermière expulsée d’une ferme du secteur se tient à l’extérieur de tentes données aux expulsés en compensation de leurs maisons, près de Weenen, à Kwazulu-natal, en novembre 1988.

09F-1.pngDes gens à Kwandebele (une des réserves), à l’arrêt d’autobus, à 2h45 à Mathysloop. Beaucoup embarquaient pour la première étape d’un voyage quotidien de quelques heures afin d’arriver à l’heure au travail, qui commençait à 7h00 à Pretoria, où ils n’étaient pas autorisés à vivre pendant l’apartheid.

09G-1.pngDes familles ont été expulsées de force des « quartiers noirs », des zones habitées par des Noirs qui se trouvaient trop près des quartiers blancs, en vertu des lois de ségrégation sous l’apartheid : elles vivaient donc dans des petites cabanes loin de leurs maisons. Août 1982.

08D_-_June_16_1976_018-1.pngDes habitants de Cornfields, à KwaZuluNatal, manifestent contre le projet d’expulsion de leur terre ancestrale. Novembre 1988.

09E_(1)-1.pngEazakehni, un village de « réinstallation » dans le bantoustan KwaZulu à Natal.

10A_(1)-1.pngÀ la fin de la nuit d’hiver du 27 juin 1985, les forces de sécurité ont mis en place un barrage routier dans le but d’intercepter une voiture près de la ville de Port Elizabeth. On avait secrètement prévu d’assassiner deux des quatre militants anti-apartheid se trouvant dans cette voiture : Matthew Goniwe, enseignant populaire et organisateur politique brillant à Cradock, et Fort Calata, autre enseignant. Sparrow Mkonto, militant d’un syndicat de cheminots, et Sicelo Mhlauli, directeur en visite et ami d’enfance de Goniwe, se trouvaient aussi dans la voiture. La police les a enlevés tous les quatre et les a assassinés; leurs corps poignardés, mutilés et brûlés ont été retrouvés peu de temps après. Des milliers de personnes ont assisté à leurs funérailles le 20 juillet à Cradock (ci-dessus). Le déploiement, pour la première fois depuis des décennies, d’immenses bannières du Congrès national africain et du Parti communiste sud-africain, deux organisations interdites, a électrifié la foule. Le président P.W. Botha a déclaré l’état d’urgence. Dans les années 1980, comme presque tous les rassemblements de masse étaient illégaux, les funérailles des militants assassinés sont devenues l’occasion pour les militants anti-apartheid de manifester leur lutte contre l’apartheid et ses nombreuses formes de dépossession.

11A_-_mss_barricades_used_01-1.pngJuillet 1985 : Un habitant du village de Duduza est au sol, mort, alors que des membres d’une escouade policière spéciale prennent une pause cigarette après un « nettoyage » nocturne. Le photographe Themba Nkosi a pris la photo sans se faire voir, à travers une fenêtre de l’autre côté de la rue. Entre 1983 et 1987, Duduza était l’un des villages les plus actifs dans la lutte anti-apartheid : ses habitants boycottaient les produits de consommation, les autobus, les loyers et les écoles. L’état d’urgence a été imposé en juillet 1985 et l’armée y a été déployée. Les membres des escouades de la mort portaient des cagoules (capuchons en laine couvrant le visage) pour que les témoins ne puissent les identifier par la suite. Dans cette photo, l’homme qui a le dos tourné à l’appareil photo porte toujours sa cagoule. La police a tué des centaines de personnes pendant cette période.

12A_(3)-1.pngJuillet 1985 : Une femme seule manifeste pendant que les soldats occupent Soweto. Les femmes étaient les principales organisatrices de l’opposition à l’occupation des villages par l’armée. Par exemple, dans un village près de Durban, les femmes patrouillaient les rues pendant la nuit pour protéger les familles du harcèlement des forces de sécurité et des justiciers. Les dirigeantes, telles qu’Albertina Sisulu, Frances Baard et Dorothy Nyembe, ont organisé une résistance efficace contre l’occupation, malgré les risques qu’elles couraient et les restrictions qui leur étaient imposées.

13C_(1)-1.pngMme Mazibuko tient le chandail taché de sang de son fils, Flint, tragiquement tué d’une balle au dos par les policiers du régime apartheid, alors qu’il les fuyait, dans le village de Tembisa, à Transvaal, en juin 1985. Selon les statistiques gouvernementales, entre septembre 1984 et avril 1985, 381 personnes ont été tuées lors d’agitations, les trois quarts des décès résultant directement des actions policières.

13B_(1)-1.pngLawrence Matjee, quinze ans, porte des plâtres aux deux bras, à la suite de sa détention et d’une attaque violente par la police de sécurité. La photo a été prise à Khotso House, siège du Conseil sud-africain des églises, le 25 octobre 1985.

13A_(2)-1.png1987. Une mère pleure la mort de ses deux fils, tués par un gang Inkatha à Mpophomeni, une zone de « réinstallation » près de Pietermartizburg, à Natal. Inkatha était un parti conservateur nationaliste zoulou que le régime de l’apartheid appuyait et armait pour ébranler le Congrès national africain.


14C_(1)-1.pngBien que la libération de Nelson Mandela, le 2 février 1990, ait été déterminante, la transition vers la démocratie a été très difficile. Des manifestants arrêtés sont conduits loin de la Cour Suprême, à Johannesburg, le 22 juillet 1992.


14F_(1)-1.pngLe 13 septembre 1990 à Phola Park. Les corps de membres du Congrès national africain, victimes de la violence politique entre le CNA et Inkatha, gisent sur les lieux des batailles nocturnes.


14D-1.pngLe 18 juin 1992. Une femme pleure sur le corps de son frère, tué par Inkatha pendant la nuit du massacre de Boipatong, qui a déclenché le retrait indéfini du Congrès national africain des négociations de paix.


14B_(1)-1.pngLe 23 août 1990. Des partisans du Congrès national africain manifestent contre le soutien de la police à la violence d’Inkatha, à Kagino, East Rand.

14E_(1)-1.pngEn avril 1993, des millions de Sud-Africains manifestent après l’assassinat par des extrémistes de droite de Chris Hani, dirigeant très populaire du Parti communiste sud-africain.

14A_(2)-1.pngEnhardis par la présence de Mandela, des jeunes narguent la police lors d’un rassemblement du Congrès national africain au stade sportif Sam Ntuli à Thokoza, en 1991.

15A-1.pngEn janvier 1994, le gouvernement a rétabli les droits politiques et accordé la citoyenneté à tous les Sud-Africains, posant ainsi le cadre des premières élections démocratiques prévues pour avril. Le 11 février 1994. Le célèbre prisonnier politique Nelson Mandela visite à nouveau, au quatrième anniversaire de sa libération, sa cellule à la prison de Robben Island, où il a été incarcéré pendant plus de deux décennies.

15C-1.pngLe 27 avril 1994. Kwazulu à Natal. Des Sud-Africains noirs font la file pour voter pour la première fois de leur vie lors des premières élections démocratiques non raciales du pays.

15B-1.pngAprès avoir attendu sous le soleil pendant des heures, un homme vote pour la première fois de sa vie. Village de Katlehong. Quelques jours plus tard, Nelson Mandela est assermenté à titre de premier président de l’Afrique du Sud démocratiquement élu.

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